Première collection Croisière Chanel par Matthieu Blazy : grand large ou naufrage ?


Il y a des débuts attendus. Et puis il y a ceux qui redéfinissent immédiatement les règles du jeu. À Biarritz, Matthieu Blazy signe pour Chanel une entrée en matière aussi attendue que scrutée. Pour sa première collection Cruise 2026/2027, le créateur franco-belge choisit de revenir là où tout a commencé pour Gabrielle Chanel. Cette ville au bord de la mer, où la mode s’est un jour affranchie des contraintes pour suivre le mouvement des corps et le rythme des vagues. Mais ici, pas question de nostalgie. Ce défilé ressemble plutôt à une mise au point : une façon de rappeler les bases, tout en les faisant évoluer avec subtilité vers quelque chose de plus moderne, de plus instinctif, presque de l’ordre de l’émotion.

Chanel prend le large

Dès les premières silhouettes, on sent que quelque chose a changé. Le tweed, signature de la maison, paraît moins strict, presque assoupli. Les coupes laissent respirer le corps, les longueurs s’étirent, les matières deviennent plus légères. Matthieu Blazy ne cherche pas à déconstruire Chanel. Il la fait bouger, tout simplement. Comme si chaque pièce était pensée pour suivre le corps, accompagner ses gestes, plutôt que figer une allure. L’esprit Cruise, souvent lié à l’évasion et au voyage, prend ici un sens très concret. C’est une élégance qui se relâche, qui accepte de vivre : un peu froissée, jamais figée, toujours en mouvement.

Très vite, une ambiance marine s’installe, mais sans pour autant tomber dans le cliché. On devine l’océan à travers des détails : des coquillages, des reflets comme de l’eau, des textures ondoyantes. Rien de forcé, tout reste subtil, presque sensoriel. Ces touches viennent enrichir les silhouettes. Et c’est là que le défilé trouve sa force : réussir à glisser de la fantaisie dans un langage très codifié, sans jamais le déséquilibrer. Là où Chanel pouvait parfois paraître un peu solennelle, cette collection apporte (enfin) de la légèreté. 

Notre regard glisse alors vers les détails, là où le créateur semble vraiment s’amuser. Des accessoires revisités, des proportions légèrement décalées, des pièces hybrides… tout est pensé pour créer un petit trouble, comme une hésitation entre le classique et quelque chose de plus expérimental. Une sandale, à peine visible mais déjà très commentée, résume bien cet esprit. On ne sait pas vraiment si c’est un objet de désir ou un geste presque conceptuel. Chez Blazy, rien n’est frontalement radical. Il préfère suggérer, déplacer doucement les lignes. Parce que la nouveauté ne s’impose pas, elle s’infiltre.

Grand bain pour une petite révolution 

Mais au-delà des vêtements, c’est aussi une certaine idée de la femme Chanel qui évolue. Sur le podium, les attitudes sont plus naturelles, les identités plus multiples. On n’est plus face à un idéal un peu abstrait, mais à des présences bien réelles. Ce changement reste discret, mais il compte. Il permet à la maison de rester en phase avec son époque, sans perdre ce qui fait son aura. Et surtout, il dit quelque chose d’essentiel : aujourd’hui, le luxe ne peut plus simplement imposer une vision. Il doit savoir faire de la place, accueillir des réalités différentes.

Ce défilé Cruise tient finalement dans un équilibre assez juste. Il ne cherche ni à tout casser, ni à répéter le passé. Il avance dans un entre-deux subtil, où l’héritage sert de base, mais sans jamais devenir un poids. Le choix de Biarritz, plutôt qu’une destination plus spectaculaire va dans cette optique. Moins de démonstration, plus de sens. Dans une industrie saturée d’images et d’effets, cette sensation de fluidité pourrait bien être, paradoxalement, le geste le plus audacieux.

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